Picasso 48 heures sur les traces du maître en Provence Alpes Côte d’Azur
publié le
23/03/10
Nombreux sont les peintres et écrivains tombés sous le charme de la Provence , l'éclat de sa lumière, la douceur de son climat, ses odeurs de thym, de lavande et de pins... Picasso, d'origine espagnole, a fait sienne cette région qui l'a profondément marqué artistiquement et humainement. D'Avignon à Antibes en passant par Sorgues, Cannes, St Tropez, Mougins ,Vallauris, Arles, ou Vavenargues, ce génie de la peinture y a laissé une empreinte indélébile.
Mardi, 11h00 Cathédrale d’Images des Baux de Provence Le village, planté au cœur des Alpilles et perché sur un éperon rocheux mérite le détour. Cette cité médiévale au patrimoine historique et architectural est classé un des plus beaux villages de France, « chaque rue tortueuse, chaque porche, chaque pierre dit l’art, l’effort, et la foi des hommes qui vécurent, bâtirent et régnèrent ici ». La citadelle qui domine des paysages à couper le souffle en fait le phare de la Provence . A l’extérieur du village, la fameuse cathédrale d’images est installée dans d’anciennes carrières de 20 mètres de haut. On est bluffé par la réalisation gigantesque et éphémère qui s’impose dès l’entrée dans cet univers minéral qui sert de support depuis plus de trois décennies aux œuvres de différents peintres tel que Michel Ange, Bosch, Bruegel. La Cathédrale d’Images a décidé de rendre hommage à Pablo Picasso. Impatiente de tout voir, je regarde à peine les premiers portraits des femmes de sa vie mais reviens vite vers Olga, Marie-Thérèse, Dora, Françoise, Jacqueline, scrutant à l’envie un détail qui s’impose. Le véritable bonheur de ce spectacle, c’est la liberté dont le visiteur bénéficie. Nul besoin d’être connaisseur ou habitué des musées et expos pour apprécier cette mise en scène spectaculaire. Gianfranco Lanuzzi dit avoir recomposé l’œuvre à sa façon, en de libres associations visuelles, émotionnelles et artistiques. Dans une profusion d’images, de sensations, défilent sur les murs des courbes, des couleurs, des formes qui se répondent à l’infini et nous plongent dans un univers onirique où toutes les générations peuvent, le temps d’une visite, se retrouver sur un même thème : le rêve.
12h30 La visite terminée, direction Arles pour un déjeuner en compagnie de Lucien Clergue, photographe et grand ami de Picasso. Cet artiste académicien des Beaux-arts me fait découvrir un peintre joyeux, facétieux, généreux, mais aussi machiavélique. Quand Picasso apprend que le peintre André Marchand souhaite créer sa fondation au musée Réattu d’Arles, il s’empresse d’offrir à ce même musée 26 de ses œuvres, contrariant ainsi le projet de Marchand dont il était jaloux… Visite d’Arles. Déambuler dans cette ville de lumière qui a inspiré à Van Gogh plus de 300 œuvres en l’espace de quinze mois, est un véritable privilège, une promenade dans le temps. La petite Rome des Gaules est fière de présenter son amphithéâtre. La tauromachie faisait partie intégrante de la vie de Picasso et a marqué son œuvre. On imagine le peintre assis sur les gradins, suivre avec passion la chorégraphie magique du torero en habit de lumière et de son taureau. Il faut prendre le temps de découvrir le théâtre antique, les cryptoportiques du forum (galeries souterraines au cœur de la ville datant de 30 à 20 avant JC.), les thermes de Constantin, les Alyscamps (nécropole chrétienne avec sa fameuse allée de sarcophages immortalisée par Van Gogh) et l’église Saint-Trophime du XIIème siècle.
Mercredi, 9h30 Aix en Provence La magnifique cité fondée en 123 avant J.C invite à la flânerie avec ses quelques 1000 fontaines, ses cafés, ses librairies. Aix, c’est la ville de Cézanne. Il y voit le jour le 19 janvier 1839. La montagne Sainte Victoire sera pour l’artiste une source d’inspiration inépuisable. En 1959, Picasso, admirateur du peintre, est de passage à Aix. Apprenant que le château de Vauvenargues est à vendre, il l’achète et annonce : « J’ai acheté la montagne de Sainte Victoire… la vraie ». Pour découvrir le patrimoine architectural et culturel très riche d’Aix en Provence, optez pour un circuit dans les pas de Cézanne proposé par l’office du tourisme. Ne quittez pas la ville sans avoir fait un détour par le musée Granet. Il regorge de richesses allant de la plaque épigraphe d’Aquae Sextiae , aux portraits d’apparats de parlementaires du XVIIIe siècle. Cézanne a une place de choix grâce à la donation « de Cézanne à Giacometti ».
14h, Vers la côte d’Azur. Je m’octroie une étape à Mougins pour visiter le musée André Villers et ses clichés de Picasso vu par les plus grands photographes contemporains, avant de rejoindre demain Vallauris.
Jeudi, 9h30 Vallauris Picasso a marqué de son sceau Vallauris et ses habitants. Son talent aussi éclectique que génial l’amène à s’intéresser à la céramique au hasard d’une rencontre avec Suzanne et Georges Ramié, propriétaires d’une fabrique de céramique. Après ses premiers essais, enthousiasmé par les nouvelles perspectives que lui offre cette activité, il y consacre une grande partie de son temps, réalisant en vingt ans quelques 4 000 œuvres originales. Installé à Vallauris en 1948, il y demeurera jusqu’en 1955. C’est durant cette période qu’il peindra La Guerre et la Paix, œuvre majeure installée dans la chapelle romane du château de Vallauris. Peinte sur des supports qui épousent les murs pour « s’incurver selon la voûte céleste en plein cintre de la chapelle et se rejoindre en son milieu », le visiteur a le sentiment d’être enveloppé par cette œuvre au fort symbolisme . Dans cette figuration lyrique de la vie et de la mort, Picasso le magicien nous séduit par sa force. Toujours sous le coup d’une émotion artistique intense, je me dirige vers le château où sont exposées céramiques et poteries. Là, Picasso a pu faire apparaître toute sa fantaisie, sa créativité, pour preuve cette Cruche aux Quatre Visages…..
14h30 Incontournable musée Picasso d’Antibes. Fondé sur l’ancienne acropole d’Antipolis, le château des Grimaldi qui abrite le musée Picasso domine la mer. L’œuvre de Picasso est confondante par sa diversité, son ingéniosité son intemporalité. Ayant eu l’opportunité de travailler dans une aile du château dont il avait fait son atelier, il laisse à son départ en 1946, 23 peintures et 44 dessins. Depuis, le musée s’est enrichi d’autres œuvres. Mon voyage tire à sa fin. C'est avec un petit pincement au cœur que je quitte la Provence Côte d'Azur et sa lumière. Redécouvrir cette région sur les traces de Picasso est un moment de bonheur et d'enrichissement.
Christine Jonemann
Cathédrale d'Images 13 520 Les Baux de Provence, tél. 04 90 54 38 65 // www.cathedrale-images.com //