Strasbourg 48 heures… à Strasbourg
publié le
10/05/10
Mercredi, 18h24 gare de l’est, le TGV s’ébranle pour filer vers Strasbourg. En seconde classe, crise financière oblige. Je n’ai pas à me plaindre, les sièges sont confortables et le calme règne dans le wagon . A peine ai-je eu le temps de feuilleter quelques magazines, histoire de me tenir informée des derniers potins de rigueur, que je me retrouve à Strasbourg ! Il est 20h43.
Texte Christine Thouaille Jonemann
Je prends le tramway dans lequel des jeunes ont embarqué leur vélo. Une station plus loin je suis arrivée à bon port. C’est le cas de le dire car l’Ill s’écoule juste en bas de la station. Je vais bientôt découvrir que cette rivière qui encercle la ville est un des éléments omniprésents qui fait le charme de cette cité extraordinaire ! Le temps de déposer mon sac à l’hôtel, je pars à la conquête du monde ou plutôt d’un restaurant. Dans cette capitale de la gastronomie., je ne devrais pas avoir de mal à trouver un petit resto sympa. Je traverse le pont qui m’emmène directement vers le centre ville (c’est fou le nombre de ponts !). Comment décrire ma première impression ? Malgré un temps légèrement pluvieux et l’heure tardive, la ville est encore animée, une impression de calme, de bien-être, règne, m’enveloppe. Ce n’est plus moi qui marche à travers les rues pavées, ce sont elles qui m’invitent et me conduisent, si bien que je me retrouve presque malgré moi chez Thomas Stuebel, 5 rue du bouclier… Je l’avoue, on m’avait un peu soufflé son nom, autant pour sa cuisine que pour son patron. Je ne suis pas déçue. Attablée devant un baekoffe maison agrémenté d’un riesling, je peux apprécier l’humour décapant de l’hôte de ces lieux. Autant vous prévenir, bégueules s’abstenir ! Après ce festin je décide de partir à la découverte de la fameuse cathédrale dont je peux apercevoir la flèche. C’est avec optimisme que je me dirige vers elle ; j’aperçois un bout du clocher, elle m’attend au coin de la rue, j’accélère le pas, impatiente, mais au bout de ma course rien, absolument rien. Elle semble s’être volatilisée. Je repars d’un bon pas, et voilà qu’à nouveau notre belle dame daigne montrer le bout de son nez, j’accélère, mais encore une fois elle se dérobe! C’est à n’y rien comprendre ! Je n’ose demander mon chemin, je serais ridicule, je sais qu’elle n’est pas loin. Pourtant je vais devoir capituler. C’est alors que l’incroyable se produit. Devant moi , sur une large place pavée, se tient droite et fière, imposante et pourtant si gracieuse dans ses dentelles de pierre, la cathédrale de Strasbourg. Eclairée avec soin, sa robe de granit rose lui donne un air de jeune fille romantique malgré son architecture médiévale. Je suis complètement subjuguée !
Jeudi 9h15 office du tourisme, face à la cathédrale. Annie Dumoulin directrice adjointe, m’a préparé toute une documentation et me propose de commencer par un tour en bateau-mouche qui me donnera déjà un bon aperçu de la ville. Je pars, mon Strasbourg-pass (1) en poche.
La balade promet d’être animée. Un groupe de jeunes italiens chante à tue-tête, et m’enchante. Ce qui va m’enchanter d’avantage c’est le quartier de la petite France et ses maisons à pans de bois aux couleurs chatoyantes, datant de la fin des XVIème et XVIIème siècles, qui viennent se refléter dans l’eau. C’est le paradis ! Manque seulement un amoureux pour me prendre la main. Au fil de la promenade, une fois passée la première écluse, les ponts couverts et ses tours du XIIème siècle, j’aurai un aperçu de la richesse et de la variété exceptionnelle du patrimoine architectural de la cité qui a subi des influences diverses au gré de son histoire riche en rebondissements. Le casque sur les oreilles, j’écoute l’audio-quide nous expliquer que la Marseillaise de Rouget de l’Isle est strasbourgeoise ! J’apprends que l’église St Paul de style neo-gothique construite en 1892 a été visitée par sa sainteté le pape Jean Paul II. Clou de cette promenade : le parlement européen, monument de verre et d’acier. Sublime !
Le temps s’est levé et j’en profite pour me livrer à mon occupation favorite : m’installer à la terrasse d’un troquet et regarder passer les gens. Ici, je suis gâtée, ni l’un ni l’autre ne manquent. Après une rapide collation, je retrouve Annie qui m’ a proposé de me faire visiter un monument de mon choix; j’opte pour la fondation de l’œuvre Notre Dame. J’ai été intriguée par son petit jardin, et je veux en savoir davantage. Le lieu dont l’origine est liée à la construction de la cathédrale et qui était le siège des tailleurs de pierre, abrite aujourd’hui un musée voué entre autre à la statuaire médiévale.
Je ne saurais trop rappeler à l’instar du poète: « mens sana in corpore sano » un esprit sain dans un corps sain ! . C’est donc tout naturellement qu’après cette visite édifiante, nous décidons de faire une virée gastronomique ! Passage obligé dans la rue des orfèvres qui fait partie du carré d’or du commerce strasbourgeois. J’hésite entre foie gras, charcuteries diverses, bretzel, je ne sais que choisir ! Annie me fait découvrir un passage improbable : une cour qui donne sur une autre cour, et au fond une librairie comme on n’en voit plus. C’est un miracle et je crois bien que Strasbourg regorge de ces petits trésors invisibles au premier regard !
Nous continuons la visite et nous dirigeons doucement vers la rue des dentelles, en passant par la place Gutenberg où l’on peut admirer la statue de l’inventeur du caractère d’imprimerie mobile. Grand rue puis rue de la Monnaie et nous voici arrivées au 14 rue des Dentelles qui me réserve un délicieux moment. Nous sommes chez Mireille Oster, la reine du pain d’épice ! Son mari nous reçoit avec tant de gentillesse que je vous conseille d’y courrir pour le bonheur des yeux et du palais, mais aussi pour l’accueil si chaleureux d’un humaniste qui parle de musique lyrique avec autant d’enthousiasme que de voyages en Italie et… de pain d’épice.
Le soir tombe, et il faut songer à rejoindre mes pénates. Je quitte avec regret ce lieu magique, remonte par la place Kléber. J’arrive square de l’ancienne Synagogue, quartier des Halles et je regarde cette « Femme qui marche vers le ciel » du sculpteur Jonathan Borofsky. Avec elle, je lève les yeux vers les étoiles et je me dis que la nuit est belle.
Vendredi 10 heures : je repense à ma journée d’hier et réalise que j’avais découvert beaucoup de choses et que malgré tout… je n’ai rien vu ! Strasbourg regorge de tant de richesses qu’il est impossible d’en faire le tour en si peu de temps. Je décide de retourner dans le quartier de la petite France, mais cette fois-ci à pied. J’apprends à cette occasion que ce nom charmant de petite France n’a en fait rien de séduisant : il tire son nom de l’hospice qui traitait des malades atteints de la syphilis et qu’on appelait « le mal français ». J’emprunte à nouveau la rue des Dentelles. C’est une rue animée grâce à ses nombreux commerces, on y trouve des décorations de Noël toute l’année. Ses maisons pittoresques m’enchantent. Je finis par aboutir sur la place Benjamin Zix, cœur du quartier des tanneurs et suis à nouveau prise par la magie des lieux. Les maisons à colombages bâties en encorbellement sont merveilleuses. Je m’arrête devant la maison des tanneurs, ancien siège de la corporation bâtie en 1572 . Je vais, je viens, subjuguée. Le nez en l’air j’admire les toitures aux larges ouvertures qui permettaient de faire sécher les peaux...
Je me perds dans un dédale de rues, complètement dépaysée et je finis par atterrir sur le quai de la petite France qui mène aux ponts Couverts. J’avance le sourire aux lèvres je continue mon chemin pour aboutir au barrage Vauban, construit au XVIIème siècle afin de consolider le système défensif de la ville. J’aperçois derrière le barrage un monument moderne qui contraste complètement avec l’architecture précédente. Intriguée je m’approche et découvre qu’il s’agit de l’hôtel du département. Une expo photos de François Nussbaumer se tient dans le hall, j’y cours et tombe sur un charmant jeune homme de la sécurité qui fait le tour de l’expo avec moi. Une fois mon tour terminé, je m’apprête à partir, lorsque je suis hélée par le responsable de l’accueil, qui me suggère d’aller faire un tour au fond du couloir et de regarder sur ma droite. J’obtempère et découvre une marqueterie du Haut-Koenisbourg effectuée par M.Spindler.
Je suis maintenant au musée d’art moderne après avoir fait une petite halte devant l’ENA dont le bâtiment était autrefois une prison pour femmes ! Ce musée, œuvre de l’architecte Adrien Fainsibler, a été inauguré en 1998.
Je suis attendue à la maison Kammerzell, place de la Cathédrale. Si cette maison est depuis le XIXème siècle un restaurant, c’est aussi l’une des plus anciennes maisons, construite en 1427 et dont les colombages sont richement décorés. Ses étages supérieurs en bois sculpté et ses fenêtres en cul de bouteille lui donnent un charme fou. Elle fait partie, comme le centre historique de Strasbourg, du patrimoine mondial de l’humanité. Je suis assise en face d’Annie qui a tenu à ce que j’admire l’escalier avant de m’installer à table. C’est le moment crucial du choix. Sur les conseils avisés de ma guide, j’opte pour une choucroute de poissons. Je prends un verre de pinot noir et déjà le plat est sous mes yeux. Déposés délicatement sur le chou, trois poissons aux couleurs tendres n’attendent qu’à être dégustés. Le maître d’hôtel m’explique qu’il faut commencer par celui qui se trouve disposé le plus près de moi et finir par le plus éloigné, le plus goûteux. Je m’exécute et …c’est divin !
Mon séjour se termine, mais je reviendrai. Il reste tant à voir, à apprendre, à découvrir. Le cœur serré, je jette un dernier regard à la cathédrale « prodige du gigantesque et du délicat ».
Vendredi 16h21 gare de Strasbourg, le TGV s’ébranle en direction de Paris.